Animal mon bel animal, dis-moi…

Coucou les plumes,

Dans ce numéro nous nous intéressons à l’animalité, autrement dit la place de l’animal dans la littérature. Qu’elle soit moderne ou classique, les lettres ont de tout temps fait la part belle aux animaux. Nous nous pencherons plus en détails sur le phénomène d’anthropomorphisme à travers les âges, avant de nous pencher sur les avis d’auteures. Pour la peine, ce n’est pas une mais bien deux interviews que vous pourrez découvrir dans cet article. Tout d’abord nous accueillerons Anne-Cerise Luzy, auteure de L’Opale de Feu, avant de continuer avec Estelle Vagner, auteure de L’Exil.

Vous êtes prêts ? Alors c’est parti.

 

 

1/ Recto

 

Qu’il soit héroïque, monstrueux, cruel, inquiétant ou attachant, l’animal est omniprésent dans la littérature à travers les siècles. Des fables aux contes populaires en passant par les légendes ou les romans, la place importante de nos amis les bêtes prouve le lien privilégié de l’homme avec le règne animal. Qui n’a pas vibré avec Croc Blanc de Jack London, parcouru les mers avec le redoutable cachalot d’Hermann Melville (Moby Dick), ou encore exploré la jungle avec Sher Kahn de Rudyard Kipling (Le livre de la jungle) ? Tantôt conseillers tantôt satyres de l’homme, la mise en scène de l’animal permet à l’auteur de ménager la susceptibilité du lecteur en dissimulant défauts et qualités humaines derrière des traits animaux.

On peut distinguer deux grands axes de mise en scène que sont d’un côté la fable et de l’autre le conte et le roman.

 

  • La fable

 

La fable est un court récit en vers ou en prose qui vise à donner de façon plaisante une leçon de vie. Une morale est généralement exprimée à la fin ou au début de la fable. Celle-ci est parfois implicite, le lecteur devant la dégager lui-même. Dans ces récits, les animaux se voient souvent attribuer des caractéristiques physiques et morales humaines. On appelle cela l’anthropomorphisme. Les animaux deviennent l’allégorie de l’être humain. Ces traits de caractères universels sont définis par l’observation des comportements animaux ainsi que de leurs aspects physiques. C’est ainsi que le loup symbolise la brutalité et la sauvagerie, là où le chien rappelle la fidélité. La colombe évoque l’amour, la fourmi l’ouvrière laborieuse, le renard la ruse, l’âne la stupidité, l’éléphant la force, le paon la vanité, le lion la puissance, le serpent la tentation, la pie le vol, l’agneau l’innocence, etc.

Quel écolier n’a pas appris scrupuleusement les Fables de La Fontaine ? Tout le monde connait son nom, mais plus rares sont ceux qui savent que La Fontaine n’a pas été le premier à se cacher derrière ces fables animales pour critiquer la société et ses travers. Dès l’Antiquité, Esope, écrivain grec du 7è siècle avant JC, mettait en scène les animaux dans des fables telles que La tortue et le lièvre, le loup et l’agneau, le loup et le chien, le loup et le héron, le rat des champs et le rat des villes ou encore le corbeau et le renard, ou le renard et les raisins. Certains de ces noms vous semblent familiers ? Et pour cause, Esope a inspiré de nombreux fabulistes au cours de l’histoire et notamment Jean de La Fontaine, Babrius ou encore Phèdre qui se sont librement inspirés de ces récits de l’époque qui pour la plupart n’étaient alors que des histoires transmises oralement d’une génération à l’autre.

L’objectif clairement assumé de ces vers étaient de critiquer une société et des comportements pervertis caché derrière le filtre animal.

 

 

  • Le Conte

Contrairement à la fable, le conte n’utilise pas l’allégorie animale. Elle préfère confronter l’homme à l’animal, dans la plupart des cas pour montrer sa supériorité, ou pour lui porter conseil et secours en mettant en lumière les défauts de l’homme sans pour autant les caricaturer comme dans la fable. D’Afrique, d’Asie ou encore de Russie, de nombreuses cultures à travers le monde mêlent les histoires où l’homme côtoie de près ces animaux intelligents dotés de la parole.

 

Dans ce cas, l’animal ne se fait pas satyrique mais plutôt égal de l’homme. On peut ainsi citer le conte vietnamien intitulé : le Buffle, le Tigre et l’Intelligence, ou encore le conte africain : l’Homme et les animaux. Le conte burkinabé : l’homme, la femme et les animaux ainsi que le conte : les trois antilopes.

Dans d’autres contes, notamment les contes slaves L’oiseau de feu ou la reine grenouille, l’animal se fait conseiller de l’homme. Il l’aide et l’assiste avec bienveillance, tout en le mettant face à des choix bien/mal. Là où de nombreuses histoires utilisent des génies, farfadet ou autres créatures merveilleuses, les contes slaves mettent en scène des animaux sauvages comme le loup, l’oiseau ou la grenouille.

Enfin citons ces romans où l’animal est un personnage à part entière. Là l’objectif n’est plus réellement la satyre mais la création de personnages marquants dotés d’une âme, un personnage haut en couleur propre à apporter le merveilleux dans le monde. Par exemple, Alice aux pays des Merveilles (Lewis Caroll). Qui ne se souvient pas du Chat de Cheshire, du Lapin Blanc ou encore du Lièvre de Mars.

 

Vous l’aurez compris, contrairement à ce que l’on pense de prime abord, nos amis les bêtes ne sont pas l’apanage des seuls livres pour enfants. De tout temps, l’homme a vu en l’animal tant une source de sagesse qu’un moyen de donner des leçons à ses pairs tout en ménageant leur susceptibilité. Après tout l’Homme est un animal, alors quoi de plus normal que de s’en inspirer.

Maintenant voyons tout de suite, l’autre côté du miroir animal, le verso de l’animalité autrement dit, l’avis d’Estelle Vagner et Anne-Cerise Luzy sur la question.

 

 

2/ Verso

 

Aujourd’hui dans Verso, ce n’est pas une auteure que je vais vous présenter mais deux. Comme nous l’avons vu précédemment, le recours à l’animal est une chose fréquente dans la littérature, preuve en est je vous présente pas moins de deux auteures ayant écrit sur le sujet.

 

Accueillons tout d’abord, une jeune auteure très prometteuse à l’écriture efficace et au monde haut en couleurs. Voici venir Anne-Cerise Luzy. Son roman s’intitule « L’Opale de feu», et se décline en 3 tomes minimum, dont deux sont actuellement disponibles.

 

opaledefeu

 

 

Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Dans la tribu isolée des Sajaras, l’âme de chaque être humain est liée à celle d’un anima – un animal avec lequel les hommes communiquent par télépathie et dont ils partagent certains attributs.

Cateline, une adolescente, est liée à la chatte sauvage Kaslane, ce qui est une exception parmi les siens.

Avec sa meilleure amie Varagna, elle assiste à l’enlèvement de leurs parents par des inconnus. Les deux jeunes filles se lancent à leur secours.

Mais qui sont ces hommes sortis de nulle part, notamment celui à la longue chevelure blanche qui les conduits ? D’où viennent-ils ? Pourquoi ont-ils enlevés les Sajaras ?

Dans cette quête, Cateline trouvera peut-être plus de réponses que prévu, pour comprendre qui elle est et pourquoi son pendentif, une opale de feu en forme de lion ailé, semble lui provoquer des rêves étranges.

 

Pour en découvrir plus c’est par là : http://opaledefeu.jimdo.com/extraits/

 

« — Qu’est ce que c’est que ce truc ?

Les deux jeunes filles regardaient perplexes le navire d’environ vingt mètres de long amarré dans la crique. L’immense coque se balançait doucement au gré des vagues en grinçant. Elle était surplombée de quatre mâts habillés de voiles, pour l’instant repliées. Un pavillon à fond noir flottait sur le plus haut : en son centre glissait un Ouroboros blanc, serpent ailé mangeant sa propre queue en un cercle infini. La figure de proue en bois sculpté représentait la gueule du reptile s’avalant lui-même, tandis que le corps du mystérieux symbole entourait complètement le pont du bateau et courait le long du bastingage. Le navire portait lui même le nom de cet étrange animal. À la proue et à la poupe, le château était surélevé, abritant de larges cabines destinées à l’état-major. Celle de l’arrière comportait une grande baie vitrée qui offrait à son occupant une luminosité agréable et une vue imprenable sur  l’océan.

Allongées derrière des rochers en surplomb de la plage, Cateline et Varagna observaient les allers et venues des ravisseurs. Avec soulagement elles avaient aperçu leurs parents, bien vivants.

Elles avaient suivi pendant plusieurs jours les étrangers, guidées par Sakala. L’oiseau leur avait permis de ne pas perdre la piste, même quand  le terrain était devenu sableux et n’avait plus conservé de trace visible. Autour d’elles les pins et les dunes avaient remplacé les hautes herbes et les collines. Puis une senteur inconnue s’était mêlée à celle des résineux, une odeur d’iode. Le ressac avait commencé à se faire entendre et les deux amies s’étaient pour la première fois trouvées face à l’océan. Elles n’avaient jamais vu de caravelle et étaient impressionnées par le grand bâtiment.

— Apparemment ils sont arrivés avec, Cateline fronça les sourcils, et ils semblent se préparer à repartir par la même voie.

En effet, les marins embarquaient matériel, montures et prisonniers à bord. Une étroite rampe d’accès permettait à deux personnes de marcher de front. Un cheval qui n’aimait pas particulièrement l’exercice s’agita en hennissant. Il glissa et manqua de tomber à l’eau ; les hommes le houspillèrent pour le faire avancer.

— J’ai l’impression qu’ils n’ont pas d’anima… dit Cateline.

Cette idée lui arracha un frisson et elle posa une main sur la fourrure de Kaslane couchée près d’elle, comme pour s’assurer de la présence de la chatte. Celle-ci ronronna à son contact. Sakala s’ébroua sur une branche de bois mort à côté d’elles.

— Comment c’est possible ? demanda Varagna en jetant un œil à la fauconne. Enfin, je veux dire… Notre âme n’est entière que grâce à eux, ça signifierait que ces gens sont… incomplets ?

Elles se regardèrent, de plus en plus perdues : ces étrangers bousculaient tous leurs repères. »

 

Voyons maintenant son avis sur l’animalité :

 

D’après vos différentes expériences d’écriture et/ou de lecture, quelle place la littérature accorde-t-elle à l’animal ?

Je pense que depuis toujours l’animal a eu une place importante dans les récits humains, que cela soit les dieux égyptiens, le bestiaire du Moyen-Âge, les fables ou les romans d’aventure. Probablement que leur côté à la fois proches de nous et si différents y est pour beaucoup et entretien l’imagination des conteurs. Ces deux aspects permettent également de les utiliser comme porteurs de message et de symbolisme.

Dans la littérature jeunesse leur présence est encore plus marquée, qu’ils soient anthropomorphisés (ça se dit ça ?) ou non. Ils peuvent être de simples accompagnants comme Hedwige pour Harry Potter, des personnages essentiels comme dans Le livre de la jungle, voire les principaux comme dans La guerre des clans. Tous les enfants aiment les animaux, alors je pense que leur capital sympathie explique pour beaucoup cette présence.

 

Dès les premières lignes du tome 1 de L’Opale de feu, on sent clairement une inspiration tirée des traditions indiennes d’Amérique. Est-ce leur rapport aux animaux et à la nature qui vous a inspiré ? Avez-vous un lien particulier avec cette culture ?

Oui, les Sajaras sont complètement inspirés des Amérindiens et les animas sont une incarnation des esprits totems. C’est effectivement ce rapport à la nature qui m’a intéressée et je souhaitais créer un peuple au mode de vie chasseur-cueilleur. L’Opale de Feu c’est aussi l’histoire de choc de culture, de découvertes d’ethnies et modes de vie différents. Cette dualité nomadisme / sédentarité m’a été directement soufflée par l’étude de la préhistoire avec ma fille instruite en famille.

Je n’ai personnellement aucun lien avec cette culture en revanche. Je pense avoir aussi été influencée par une saga de fantasy que j’ai lu il y a une quinzaine d’année, Les Chroniques des Cheysulis de Jennifer Roberson.

 

Bien que les ambiances et les sujets abordés soient très différents, le point de départ de la relation entre Kaslane et Cateline, ainsi que la relation de tous les Sajaras et leur anima, est similaire à ce que l’on peut voir dans la croisée des mondes de Philip Pullman. Sur votre blog vous expliquez que la ressemblance est fortuite : s’il n’a pas été source d’inspiration pour vous, d’où vient l’importance que vous accordez à cette thématique de « lien de l’âme » ?

Effectivement j’ai lu Philip Pullman après que certains bêtas lecteurs m’aient fait remarquer la similitude. Je le conseille d’ailleurs à tout le monde, c’est un bijou !

Comme je disais plus haut, les animas sont une personnification des esprits totems. Je crois que j’aime bien cette idée de ne jamais être seul et de posséder des capacités à part, comme des griffes ou une meilleure vision nocturne. Je pense aussi que c’est en réaction à ma situation physique (je suis fibromyalgique) que je sur-investis le mental par rapport au corps.

 

Pour l’instant, la série compte deux tomes déjà publiés et un en cours de réécriture. Au final, combien en comportera-t-elle ? Avez-vous déjà pensé à l’après Opale de feu ?

La série comportera quatre tomes, un par élément. J’ai plusieurs idées pour d’autres projets, dont une sur laquelle je commence doucement à travailler, car elle devrait me demander pas mal de recherches historiques. Il s’agirait d’une romance fantastique sur fond de réincarnation, probablement young adult.

 

L’Opale de feu est un roman autopublié, quel conseil donneriez-vous à nos Plumes qui souhaitent se lancer dans l’aventure en publiant à leur tour ?

Ne pas rester seul ! Si j’ai pu mener à bien le premier tome, l’autopublier et poursuivre, c’est parce que j’ai suivi le MOOC de Draftquest où j’ai fait des rencontres. Certaines personnes sont devenues des amis et nous nous soutenons, que ce soit moralement ou techniquement. Ces personnes sont aussi mes bêtas lecteurs : à défaut d’éditeur, il faut tout de même trouver des personnes qui donneront un avis extérieur constructif sur son manuscrit.

L’autoédition a bien sûr ses avantages et inconvénients. Il faut être conscient que cela demande une bonne dose de travail en plus de celui de l’écriture et de la patience. Se faire connaître prend du temps.

 

Question bonus : Pour quand est prévue la sortie du tome 3 ?

… Joker ! 😀

Pour 2016, c’est sûr, mais pour l’instant j’ai encore trop de travail pour terminer la réécriture. Et une fois celle-ci achevée, tout dépendra des retours de mes bêtas lecteurs et du travail qu’il restera à accomplir ensuite.

 

Question bonus : selon vous, quel serait votre anima ?

Cateline me ressemble sur bien des aspects, donc j’ai dû mal à me projeter comme une autre personne dans l’univers de L’Opale de Feu. Par conséquent, mon anima serait Kaslane, une chatte sauvage qui m’a été inspirée par les chats norvégiens que j’élevais lors de la conception du monde de L’Opale de Feu.

 

 

Accueillons maintenant notre seconde invitée. Estelle Vagner, jeune maman chimiste de profession, elle est tombée dans les mots par amour de la lecture. Tout fraichement sorti des rouleaux de l’imprimerie son livre L’Exil, premier tome des aventures de Kayla Marchal connait déjà un grand succès.

 

exil

 

Pour que vous puissiez vous faire une idée, voilà le résumé :

Ironique destin que d’être née morphe… sans forme animale. Source de honte pour sa famille, Kayla Marchal, petite fille de l’alpha, est également considérée comme le maillon faible de la meute de la Vallée Noire. Aussi en est-elle chassée, elle qui n’a jamais mis un pied hors du territoire.

Alors qu’elle commence à goûter à la liberté et à s’intégrer au sein d’un autre clan, les vrais problèmes commencent. Mais déjà trahie une fois par sa meute d’origine, à qui pourrait-elle se fier ? À Ian, le loup aussi beau qu’insupportable ? À Max, le renard au passé mystérieux ? Ou à Jeremiah, l’irrésistible humain ?

Et ce fichu karma qui la prive de forme animale continue à se moquer d’elle, car tout le monde autour d’elle semble porter un masque… Inaptitude du passé et problèmes du présent vont venir, main dans la main, perturber la jeune morphe, avec des liens qu’elle était loin de pouvoir soupçonner.

 

Pour vous mettre en bouche, un petit extrait :

« Voilà plus de deux heures que je roule droit devant moi, sans savoir où aller. Mais je m’en moque. Tout ce que je désire, c’est m’éloigner le plus vite possible de la meute et de mes montagnes. Bref, de tout ce que j’ai toujours connu. La douleur qui me broyait la poitrine quand Grand-père m’a mise à la porte de chez lui a disparu. Ça peut être une bonne chose, au premier abord, cependant le vide qui l’a remplacée m’inquiète bien plus. En tant que morphe, tout est amplifié : colère, faim, protection, survie, reproduction… Rien de bien compliqué là-dedans, toutefois, c’est toujours intense. Alors que là, rien. Que dalle. En temps normal, je me donne beaucoup de mal pour contrôler mon instinct animal mais, pour le coup, j’aimerais bien qu’il revienne. Tout serait mieux que ce néant.

Le voyant de la réserve d’essence s’allume, accompagné d’un bip agressif. Je m’arrête à la première station que je croise. Isolée, déserte et avec un néon sur le point de s’écraser au sol pour seule lumière, elle me fait penser à mon cœur. À l’abandon.

Eh oui, il m’arrive de faire dans le mélo…

Je gare la Jeep et commence à la rassasier. Il faut dire qu’elle consomme beaucoup… Elle n’est pas vraiment faite pour avaler les kilomètres, plutôt les chemins forestiers. Mais je l’adore. Enfin, je l’adorais. Aujourd’hui, je m’en fiche. Dire qu’hier encore, le simple fait de m’installer au volant me faisait sourire à m’en faire mal aux joues.

Une voiture fait son apparition. La caisse tout entière vibre au rythme des basses d’une musique trop forte qui détourne mon attention. Elle se gare à la seule autre pompe disponible et recrache quatre mini-caïds. De gros durs, à coup sûr. D’à peu près ma taille, épais comme mon petit doigt et encore boutonneux, ils se déplacent comme si tout autour d’eux devait trembler – ce qui était le cas, jusqu’à ce qu’ils aient coupé la musique. Je jette tout de même un regard au néon, pour m’assurer qu’il survivra.

— Salut chérie, me lance le plus grand en me détaillant.

Super…

Je marmonne un bonsoir et détourne aussitôt la tête, calculant combien de temps il va me falloir pour remplir ce satané réservoir. Trop, à mon avis. Je lâche un gros soupir, fatiguée à la seule perspective de ce qui m’attend. Trois d’entre eux s’approchent de ma voiture pendant que le grand fait le plein.

— Belle bagnole ! Une Wrangler, c’est ça ?

— Elle est à toi ? fait le dernier en regardant l’intérieur par la fenêtre passager.

Je lève les yeux au ciel, déjà lassée de leur petit jeu.

— Oui, elle est à moi et oui, elle est très belle. Et ne posez pas vos pattes dessus, vous allez me la salir.

Le type qui fait le plein rit, ce qui énerve son copain, celui dont le visage est le moins dévoré par l’acné. D’un geste fluide et entraîné, il sort un couteau papillon et le pointe dans ma direction. J’aurais pu m’en inquiéter, s’il ne l’avait pas fait à trois mètres de moi.

— On va voir si tu vas longtemps faire la maligne : file-moi les clés de ta caisse, pour commencer.

Je jette un regard à la lune déjà bien visible dans un ciel à peine assombri par la nuit.

Sérieusement, pourquoi faut-il toujours que ça tombe sur moi ? »

 

Maintenant voilà son avis sur l’animalité.

 

D’après vos différentes expériences d’écriture et/ou de lecture, quelle place la littérature accorde-t-elle à l’animal ?

Pour les enfants y a de quoi faire. Il y a énormément de chose. On a beaucoup à apprendre des animaux. Je suis passionnée par les animaux. Ils sont souvent bien plus évolués que nous. Je lis beaucoup de fantastique et c’est un thème récurrent dans ce genre de littérature. Je pense que la bestialité est quelque chose de mystérieux. C’est une bonne analogie pour les sentiments et leur caractère primaire. L’Homme reste un animal et on ose pas le présenter comme tel donc on se cache derrière l’animal.

 

Dans la littérature actuelle, il n’est pas rare de voir abordé le thème du loup-garou, mais au-delà du mythe, pourquoi choisir d’aborder le thème de la transformation animale ? Pourquoi avoir recours à des métamorphes plutôt qu’à des « animaux parlants », comme dans Narnia ? La transformation a-t-elle pour vous une valeur symbolique ?

Les animaux parlants, ça fait beaucoup trop enfants. L’Urban Fantasy, c’est pour les filles. Or les filles aiment la romance. Avec des animaux parlants, ce n’est pas possible. Prenons l’exemple de Twilight, j’ai toujours accroché avec l’histoire du loup-garou à cause de son côté torturé. Il lui est difficile de concilier son animalité et son humanité. Je trouve que ça reflète bien mieux la complexité de l’être humain que les personnages plus lisses. Pour moi, le loup-garou représente la face sombre de l’Homme, sa bestialité. Cela donne des personnages intéressants dès lors qu’ils essaient de concilier ces deux aspects antagonistes de leur personnalité.

 

Du loup, présents dans de nombreuses mythologies à travers le monde, au renard qui n’est pas sans rappeler les Kitsune de la mythologie japonaise, votre livre nous fait découvrir des morphes animaux hauts en couleur. Quelles ont été vos influences, vos sources d’inspiration ?

 Le loup, le renard et d’autres, parce que ce sont des prédateurs de nos forêts. L’histoire se situe dans ma région (La Lorraine). Je voulais rester crédible par rapport à la faune locale, sans touche d’exotisme.

Avant d’être une auteure, je suis une lectrice. J’aime la série des Kate Daniels, des Anita Blake, des Mercy Thompson et surtout des Rebecca Kean. C’est Cassandra O’Donnell qui m’a fait tomber dans l’écriture avant de me lancer dans l’édition. Pour écrire, il faut beaucoup lire pour te donner l’envie de développer des choses qui n’ont jamais été faites. C’est ce que je voulais faire passer en commençant à écrire. Je voulais pour retranscrire les émotions que j’avais éprouvées lors de mes différentes lectures. La base de l’Urban Fantasy, c’est une héroïne badasse avec deux mâles alphas bien foutus qui lui tournent autour. Dans mon roman, j’ai voulu casser ces codes avec une héroïne qui se fait souvent botter le cul, mais qui est capable de faire ses propres choix. Des choix déterminants. Qu’ils soient bons ou mauvais. J’espère vraiment avoir réussi à créer des personnages nuancés, comme on en rencontre dans la vie de tous les jours avec leurs qualités, leurs défauts, et leurs failles.

 

Connaissez-vous les origines du loup-garou et les mythes qui s’y rapportent ? Dès les premières pages de votre livre, on est plongé dans la réalité de Kalya, qui semble plus refléter une société hiérarchisée de véritables loups à forme humaines. Qu’est-ce qui du loup-garou ou du loup tout court vous semble le plus refléter votre approche ? Avez-vous fais des recherches sur les loups ?

 J’ai fait beaucoup de recherches sur les loups, pas forcément pour mon histoire mais parce que j’aime les loups. Je me suis inspirée de la hiérarchie d’une meute, mais sans en reprendre tous les codes sociaux. J’étais limitée par mon intrigue. Par exemple, dans une meute, les petits sont élevés par une louve nourrice, alors que dans le roman, je voulais que Kayla soit élevée par son grand-père. Un autre exemple, la quête du pouvoir et le désir de possession sont des traits de caractère purement humains. Pour rester crédible, il m’a donc fallu mêler codes sociaux des loups et de l’Homme. Quant aux mythes du loup-garou, je n’en connais pas les origines tout simplement parce que ce n’est pas du tout le sujet de mon livre. Je me suis centrée sur les mythes polymorphes qui eux ont des origines païennes. On ne voit pas grand-chose des mythes dans ce tome, mais promis, ça viendra dans la suite.

 

Kayla change de forme, est-ce qu’à travers Kayla vous avez aussi « changé de forme » ? A quel point votre personnalité transparait-elle dans ton livre ?

Dans l’humour essentiellement. Je suis très sarcastique et tout aussi spontanée que Kayla elle-même. Bien sûr, il y a quelques traits de ma personnalité qui ressortent chez Kayla, mais ce n’est pas une projection de moi-même. Pour être auteure, il faut être un peu fou sinon tu ne pourrais pas avoir une conversation avec tes personnages. Ce serait dommage.

 

Sur votre site, en guise de présentation vous avez réalisé de petites interviews de vos personnages, comment vous est venue cette belle idée ? Comment se sent-on quand ses personnages commencent à s’émanciper de sa plume ?

Pour les interviews, je voulais créer des bonus. Comme j’ai beaucoup de retournements de situations dans le livre, j’avais peur de perdre mon lecteur dans de longues descriptions ou alors en lui en dévoilant trop d’un coup. C’est comme ça que m’est venue l’idée de ces petites interviews. Quand tu côtoies tes personnages assez pour qu’ils prennent vie quitte à faire de trucs imprévus, bah tu t’adaptes. Au début, je flippais à l’idée d’avoir plein de trous dans mon intrigue, puis j’ai compris que dans le fantastique tu peux faire tout ce que tu veux, alors si mon perso veut aller là, je le laisse faire et j’adapte l’intrigue en conséquence. En général, le résultat me plait bien, et je me dis que si ça me plait à moi, ça plaira à d’autres aussi.

 

Quel effet ça fait de rencontrer ses fans pour la première fois ?

En fait, c’est très bizarre. Je n’ai pas encore vraiment percuté. Lors du salon du livre à Paris, mon baptême du feu, je me suis installée à la table de dédicace et là, j’ai eu l’impression d’avoir une double personnalité. D’un côté, il y avait moi Estelle, chimiste et maman, et de l’autre, l’auteure des aventures de Kayla Marchal. Mais c’était une chouette expérience. Je suis toujours surprise des retours que j’ai sur ce livre. Les gens aiment beaucoup mais ils me voient comme si j’avais réalisé un exploit, celui d’écrire, alors que de mon point de vue, ça n’a rien d’insurmontable. Je n’ai pas changé. Je me sens toujours la même. La preuve, quand j’en parle avec mes collègues, je leur dis toujours que c’est Kayla qui a du succès, pas moi. C’est mon bébé et j’en suis fière, mais ce n’est pas moi. L’auteur n’est pas inaccessible comme je le pensais à une époque, c’est juste une personne comme moi.

 

Voilà les Plumes, c’est terminé pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement Anne-Cerise et Estelle pour leurs réponses. Je vous invite à aller jeter un œil sur leurs sites respectifs pour davantage d’informations.

L’opale de feu – Tome 1 La Terre (Anne-Cerise Luzy) : http://opaledefeu.jimdo.com/

Kayla Marchal – Tome 1 L’Exil (Estelle Vagner) : http://estellevagner.wix.com/auteur#!les-personnages/c1d4q

J’espère que cet article aura éclairé votre lanterne et je vous dis à bientôt pour un nouveau numéro inédit du PAen.

 

À vous les studios !

Shaoran

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