Rencontre avec Vincent Villeminot

Grâce à un petit concours organisé par les éditions Fleurus, j’ai eu la chance de pouvoir participer à une rencontre avec Vincent Villeminot. En cette occasion, j’ai reçu les épreuves d’un de ses derniers romans : Les Pluies.

Arrivée bonne dernière (naturellement), je me suis retrouvée à la droite de l’auteur, découvrant la bouille d’une dizaine de blogueuses, chevronnées ou toutes nouvelles. Parmi elles je me souviens de blogs comme « Temps de mots » ou « Les lectures de Mylène »…

Tout y était : une ambiance de plus en plus détendue (à en oublier les portables et magnétophones dégainés), mon admiration sans bornes pour celles qui retranscrivaient l’essentiel à l’écrit (une telle capacité à écouter, profiter et condenser me laisse coite !), de quoi boire et manger (muffin aux noix de pécans absolument… comment ça « on s’en fiche » ?), et une conversation passionnante !

Les deux heures ont filé telle la bise et si je ne peux tout vous redire tel quel, je peux vous en faire un résumé pour que vous partagiez ma belle expérience ! (mais n’ayez crainte, votre envoyée spéciale PA a réussi à… oui, bon, à mentionner PA naturellement, mais aussi à poser la question spéciale Paen !)

La première question a orienté stratégiquement la conversation sur la présentation de l’auteur. Comment en est-il venu à écrire ?

Aujourd’hui, Vincent Villeminot est connu pour de multiples romans piochant dans plusieurs genres de la littérature (qu’il décrit lui-même comme de plus en plus nombreux et spécifiques). Instinct est une trilogie fantastique, Réseau(x) un thriller, U4. Stéphane le quart d’une histoire d’anticipation écrite à quatre mains… Cette année, il sort quatre romans, du policier au roman d’aventure.

Dans le Copain de la fille du tueur, il nous a expliqué vouloir écrire une histoire d’amour, en réaction à toutes celles qui sortent actuellement. Ne partageant pas les idées de l’amour véhiculées par la littérature New Adult (il nous a cité en exemple le très controversé Fifty Shades), il a voulu écrire la sienne.

« Les pluies, c’est un roman particulier parce que je l’ai fait avec S.,qui est citée dans tous mes remerciements de roman. On s’est rencontrés y’a 13 ans quand je commençais chez Fleurus. On est devenus amis. C’est la personne qui m’a fait l’amitié de lire tous mes manuscrits, y compris quand ils étaient pour d’autres éditeurs. Elle me dit en cours d’écriture « là, tu te perds ». C’est une amie, je sais très exactement la façon dont elle lit mes textes, ce qu’elle y aime et n’y aime pas. Parfois je mets des choses qu’elle aime pas et je sais qu’elle me le dira. Mais c’est différent de « ah ça c’est pas bon ».

Quand on s’est dit « allez, on va se faire un roman ensemble » ça a donné les Pluies.

L’idée du déluge vient du prénom de son deuxième enfant, Noah.

Il faut toujours une idée de départ pour un roman. Je voulais essayer d’écrire un classique de la littérature jeunesse : un roman comme j’en lisais quand j’étais gamin avec des aventures, des pirates et des abordages. Mais comme le raconter à des lecteurs qui ne vivent pas dans ce monde-là et n’en rêvent peut-être plus ? »

Mais avant tout ça, Vincent Villeminot n’avait jamais songé à écrire. Il voulait être journaliste : « Dans le métier de journaliste, tu passes 3 semaines en reportage et trente heures à écrire ton reportage, donc l’essentiel c’est le terrain, pas l’écriture.

En plus je ne voulais pas travailler dans un bureau. Ca, je le savais depuis l’enfance : je ne voulais pas être tenu à des horaires, être enfermé dans une pièce, et je voulais pas de cravate. »

C’est suite à des cours d’écriture donnés en école de journalisme qu’il s’est peu à peu essayé à l’écriture. Il a pris goût aux petits exercices sur la fiction qu’on leur donnait. Durant ses années de journalisme, il a donc écrit deux ou trois romans destinés à la grande littérature générale. Aucun éditeur n’en a voulu et, en riant, il s’en est avoué soulagé.

« Et puis un jour, j’ai considéré que je ne pouvais plus faire mon métier de journaliste comme je l’entendais, alors j’ai cherché un autre métier. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Et, en attendant, pour gagner ma vie, je faisais ce qu’on appelle des « bouquins de journaliste ».

Un jour, dans les locaux de Fleurus – pour lesquels j’étais en train d’écrire des livres de voyage – une éditrice m’a dit « écoute, on cherche des gens pour écrire un album pour des enfants de 6 ans ». Mon fils avait 6 ans, ils le savaient, donc j’ai écrit ce premier album-là.

Ça s’est bien passé. On m’en a demandé un autre, un troisième, un quatrième… On s’est mis à écrire des histoires un peu déconnantes avec une copine aussi éditrice chez Fleurus… Et voilà comment je me suis retrouvé en littérature jeunesse. Un peu par hasard et sans l’avoir prévu, mais en me disant « Si ça doit devenir mon métier, faut que je l’apprenne ».

Pendant 5 ans, j’ai fait énormément de livres (des contes aux encyclopédies) et un jour une éditrice est venue me demander d’écrire un roman. Je l’avais croisé chez Fleurus, elle travaillait chez Plon, et elle me demandait d’écrire un roman parce qu’elle aimait bien ce que je faisais.

Ensuite, une autre éditrice, chez Nathan m’a demandé aussi… Et voilà. Je me suis retrouvé auteur jeunesse sans du tout l’avoir prévu. Autant mes manuscrits ont toujours été refusés en littérature adulte, autant je n’ai jamais eu à chercher d’éditeurs en littérature jeunesse parce qu’ils sont toujours venus me chercher.

Aujourd’hui des éditeurs adultes me font des propositions, mais je suis mieux en jeunesse. »

Quelqu’un a alors lancé que ce devait être bien différent d’écrire pour la jeunesse, ce à quoi il a fortement acquiescé :

« Oui. Y’a une différence fondamentale dans la façon d’aborder les sujets. En jeunesse, tu les abordes comme une première fois. Une histoire d’amour, pour ton héros, c’est probablement la première. Une épreuve, une aventure… C’est une initiation. Donc ça, ça change du point de vue du héros, mais aussi du lecteur ; parce que je m’adresse à des lecteurs qui, pour certains, ont 12-13 ans, pour d’autres 25 ans, donc il faut que je leur parle à tous et ce n’est pas les mêmes préoccupations. Et moi, en tant qu’auteur, je dois m’oublier.

Je suis convaincu d’un truc : c’est que mes lecteurs n’en ont rien à faire des états d’âme d’un type de 44 ans. Si je commence à les raconter je vais perdre mes lecteurs, les ennuyer. Quand j’écrivais en littérature générale (mes romans non publiés, Dieu merci), j’étais très attentif à moi-même. Écrire pour la jeunesse m’a fait faire un pas de côté, j’ai commencé à être attentif à mes personnages et à ce qu’ils éprouvent, à ma fiction et non plus à moi-même.

C’est pour ça que j’écris pour la jeunesse et non pas en jeunesse. J’écris pour d’autres que moi. Des livres que je ne lirais peut-être pas aujourd’hui. C’est ce chemin vers l’autre qui fait que j’écris mieux, je crois. »

Un petit silence méditatif a suivi. Je dis méditatif mais je crois qu’il y avait aussi une note de gêne du genre « Bon… à qui le tour ? Qui ose ? ». Donc oui, plumettes et plumeaux, j’ai osé. J’ai ravalé mon « Claquette, journaliste pour le PAen » qui n’aurait fait rire que moi et ai jeté :

« Pensez-vous qu’on peut apprendre à écrire ? »

« Non seulement on peut, mais il faut. Très clairement, mes livres sont meilleurs aujourd’hui qu’il y a dix ans. Je pense que si c’était pas le cas faudrait que j’arrête ce boulot très vite ! L’écriture y’a pas d’école pour, y’a pas de cours. Il commence à y avoir des universités qui créent des départements de creative writing – ça existe pas mal aux États-Unis – mais en réalité c’est plus des cours pour apprendre à structurer une histoire et développer des personnages ; qui marchent donc aussi bien pour le scénario de série télé que pour le roman.

Mais apprendre à écrire ça se fait en faisant des livres. Tes premiers livres, heureusement que y’a les éditeurs pour te dire « voilà où sont les faiblesses ». Tu te fais accompagner de lecteurs fidèles, tu te fais accompagner par tes éditeurs… Et petit à petit tu apprends ce qui est un métier.

Parce que je défends l’idée que romancier, c’est un métier. C’est un artisanat, y’a des tours de main, il peut y avoir du génie (parce que y’a des artisans de génies) mais il y a d’abord des techniques et beaucoup de travail. Je fais ce boulot à temps plein Dès lors que j’ai compris que j’allais être auteur jeunesse, j’ai fait le choix, difficile financièrement dans un premier temps, de ne faire que ça. Parce que je me suis dit « Si c’est un métier, je vais le traiter comme tel. »

C’est-à-dire m’y consacrer.

Je pense que c’est super important. Après y’en a qui font ce métier d’écrire à côté d’un autre métier, pour des raisons d’équilibre familial, financier… C’est pas un mauvais choix, c’est juste qu’on peut pas raconter les mêmes histoires. On les raconte pas de la même façon en tout cas.

Pour écrire les Pluies, je vais y passer 3 mois à temps pleins. Un auteur avec un métier à côté peut y passer 2 ans ou 3 ans. Donc entre le début et la fin, il va changer, évoluer… Donc, il ne pourra pas être dans le même concentré que moi. Il va raconter l’histoire différemment, ça va se sentir à la narration. Ce ne sera pas meilleur ou moins bon, ce sera autre chose.

Quand j’ai écrit Réseau(x), j’y ai passé 18 mois à temps plein. Pour un auteur qui ferait un métier à côté, il aurait clairement fallu 10 ans, et il serait devenu fou. Moi déjà, en 18 mois, j’étais limite…

Tous les matins, je me mets au boulot à 9 heures. Je suis calé sur les horaires scolaire de ma petite dernière donc y’a la pause déjeuner, mais le soir je me remets au boulot de 20 à 23 heures tous les jours. Sans weekend, sans rien. Là ça faisait trois ans que j’avais pas pris de vacances. Donc c’est vraiment mon taf. »

Nous avons ensuite abordé plusieurs sujets. La traditionnelle question du « écrivez-vous avec un plan ? » est sortie, « connaissez-vous déjà la fin des Pluies ?» aussi.

Il a aussi évoqué ses rencontres dans les écoles, du collège au BTS informatique. Pour ces derniers, il devait initialement évoquer Réseau(x), dont le sujet rejoignait leurs cours. C’était le 30 novembre, peu de temps après les attentats ; au bout d’une heure de questions sur l’histoire-même, à la toute fin, un élève lui a demandé « vous en pensez quoi de ce qui se passe en ce moment ? ». Il a demandé aux professeurs s’il pouvait répondre franchement, et leur conversation a duré une heure supplémentaire. Quand Vincent Villeminot est revenu les voir, quelques mois plus tard, c’était pour leur lire le début d’un de ses nouveaux livres, dont l’idée avait jailli suite à cette rencontre.

Il a précisé que chaque rencontre ne menait pas à des illuminations, mais que ça en faisait des moments forts. Comme intervenir dans un collège et repérer, tout au fond, les deux filles très silencieuses qui finissent par poser une question monstrueusement technique sur l’écriture-même, « trahissant » leur hobby caché. S’ensuit un sourire de connivence et l’assurance qu’avec elles, la discussion se prolongera un peu à la fin de la rencontre.

Les salons, pour lui, sont des moments forts. Il est toujours touché de tomber sur le ou la lectrice qui réussira à cracher un « J’ai beaucoup aimé votre livre » avec dans les yeux tout le discours qui ne réussit pas à sortir.

Difficile de ne pas s’y reconnaître… Nous avons toutes sourit timidement avant de rigoler.

A la fin, un exemplaire tout beau (avec couverture et résumé différent) des Pluies nous a été offert. Le moment s’est prolongé avec un peu de dédicaces et de discussions plus relâchées. La blogueuse chevronnée a brandi une dizaine de marque-pages faits maison à faire signer pour organiser un concours (certaines personnes pensent vraiment à tout !). Vincent Villeminot, en m’entendant parler de Cristal, m’a mentionné « Il paraît que c’est vraiment très beau ce qu’elle écrit ! » et, repérant la responsable éditoriale disponible, je me suis permise de lui demander :

« Est-ce que les éditeurs regardent les sites de publications en ligne, maintenant ? »

Elle a souri avec amusement :

« Oui. Je peux vous dire qu’on regarde. Au moins pour savoir ce qui se fait, chercher les tendances, ce qui se fait le plus. »

Plumes, we are being watched !

C’aura été une rencontre passionnante à tous points de vue ! Dans un spectre large en ce qui concerne l’écriture et ces anecdotes de rencontres vraiment touchantes ; de façon plus restreinte, il était très intéressant d’avoir la vision de l’auteur sur ce roman que nous avions lu. Je pourrais vous en parler encore un moment, sur la conception de la couverture ou sur ses réponses à mes remarques sur son personnage principal… mais ceci est une autre histoire, que nous raconterons une autre fois.

Pour moi, cette rencontre était un apprentissage en soi. J’ai appris comment cet auteur avait conçu ce roman ; j’ai appris pourquoi il avait mis des pirates, pourquoi ces noms, ce déluge, cet intermède, pourquoi cette absence de sons et d’odeurs au tout début… Pourquoi il a fait ces choix et, une chose est sûre, on devrait toujours pouvoir parler de tout ça avec les auteurs ! Cela donne des rencontres et des témoignages précieux.

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